ByFrédéric Chalté, writer at Creators.co
Etudiant en cinéma à l'UQAM
Frédéric Chalté

Titre original : La chiesa

Titre français : Sanctuaire

Titre anglais : The Church (le film est aussi connu sous les noms Cathedral of Demons et Demon Cathedral)

Année : 1989

Réalisation : Michele Soavi

Avant de tomber dans le vif du sujet, parlons un peu du réalisateur. Bien que je ne crois pas que l'appréciation d'un film doit obligatoirement se faire en tenant compte de la filmographie de son/sa réalisateur/réalisatrice et de sa biographie, ces dernières peuvent néanmoins mettre en lumière certains aspects dudit film. Et c'est justement le cas ici !

Alors pour résumer : Michele Soavi a débuté comme assistant réalisateur et acteur. Il a travaillé sur des films de Dario Argento (Tenebre, Phenomena, Opera), de Lamberto Bava (Démoni), et même pour Terry Gilliam dans The Adventures of Baron Munchausen.

C'est en 1985 qu'il s'attaque à la réalisation pour le cinéma avec un documentaire sur le maestro Argento : Il Mondo dell'orrore di Dario Argento (Le Monde de l'horreur) ; puis est passé à la fiction deux ans plus tard avec Deliria (Bloody Bird) (qui n'est pas mal du tout non plus soit dit en passant).

La chiesa est donc son troisième film. La première chose que l'on observe est la brochette impressionnante de talents qui ont gravité autour de ce projet. Dès l'écriture, on recense Dario Argento encore (qui est aussi producteur, le bougre), Michele Soavi lui-même, Franco Ferrini*, Dardano Sacchetti** (non crédité), Lamberto Bava (non crédité), et Fabrizio Bava***(Prologue). Bref, une belle bande de tout ce que l’Italie faisait de mieux à cette époque.

J'avouerai que je ne suis pas le genre de personne qui remet facilement des acteurs qui ne sont pas vraiment de ma génération. Je ne peux que lister ce que IMDB et Wikipedia me dit : Hugh Quarsi, Barbara Cupisti, Feodor Chaliapin, Tomas Arana. Notons tout de même la présence d'Asia Argento, fille de Dario qui signe ici son troisième contrat au cinéma.

Là où le niveau monte encore d'un cran, c'est la musique du film. Composée et jouée par un lineup du feu de Dieu : Keith Emerson, sorte de légende du rock progressif, Goblin, la même mais aussi fleuron des soundtracks de Dario Argento, et enfin Philip -motherfucking- Glass qui laisse Martin Goldray interpréter son über-puissant morceau Floe. Vous comprendrez plus bas pourquoi j'insiste sur ce dernier.

En bref, nous avons ici tous les bons ingrédients nécessaires à la production d’un bon film d’horreur : une bonne équipe à l’écriture, un réalisateur qui a appris auprès des meilleurs - et tous se connaissent et ont travaillé les uns avec les autres. Ne peut en résulter qu'une bonne cohésion au sein même de l’équipe créatrice. À cela s’ajoute une bande originale débile qui va complémenter le visuel.

J’ai commencé par bien vous vendre le produit et maintenant vous allez me demander qu’est-ce que ce film a de si extraordinaire ? Eh bien pas grand chose au final. Pourquoi est-ce que dans ce cas là je vous parle d’un film pas si extraordinaire que ça ? Parce que premièrement, je ne vais pas balancer mes pépites secrètes dès mon premier post. Et puis deuxièmement parce que les meilleurs, vous les connaissez déjà tous ou presque.Dans le cinéma de genre, surtout dans l’horreur, les meilleurs sont rapidement repérés par les fans et sont au final les plus connus (The Exorcist, Halloween, Ring, The Shining, etc.) Et puis je fais c'que j'veux.

Ce qui m’intéresse, c’est plutôt de vous montrer ce qui marche bien dans ce film, ce qui resort, ce qui le rend particulier au milieu de toute cette masse de plus ou moins bonne qualité qu’est le cinéma d’horreur. Je vous parle d’un film ayant fait la renommée du réalisateur Michele Soavi, cinéaste aujourd’hui devenu culte. La chiesa cumule tout de même 70% certifié « fresh ». Donc je ne me base pas uniquement sur mon avis personnel, et je vais tenter de teinter mon propos d’objectivité.

Bon alors, de quoi parle La chiesa ? Ça commence par une séquence bien brutale se déroulant au Moyen-Âge : des chevaliers du type « templiers » prennent d’assaut un village peuplé de païens adorateurs des forces du mal. Ils tuent tout le monde, et les enterrent dans une fosse commune par dessus laquelle ils décident de construire une cathédrale pour sceller le Mal sous terre. Au Moyen-Âge bien entendu, le cinéma n’existait pas, et ces tarés là ne savaient pas que construire quelque chose par dessus une pile de morts (cimetière ou autre) c’est clairement la pire idée au monde. Surtout si les morts en question sont adorateurs de Satan. Mais comme je le dis toujours, si les protagonistes de film d'horreur étaient un tant soit peu sensés, les films ne dureraient pas longtemps.

Recentrons-nous. C’est bien entendu quelques siècles plus tard, au coeur des années 80 (les vraies, celles qu’on aime) qu’un bibliothécaire venu faire un peu de rangement dans les vieux bouquins de la cathédrale fouine un peu trop et casse un truc (le con) qui permet aux démons de se libérer des entrailles de la bâtisse.

Attention spoilers :

Là où ça devient un peu plus pété, c’est que l’architecte de la cathédrale a tout prévu et a installé un système de défense imparable : bâtiment sans fenêtres et juste une seule porte qui se ferme automatiquement. Évidement, au moment où cela arrive, il y a une chiée de monde à l’intérieur : une classe d’écoliers avec leur maîtresse, une mannequin en robe de mariée et son équipe de photographes, une bande de jeunes punks des années 80 (les vrais, ceux qu’on aime), un couple de vieux quasi-séniles, plus tous les personnages plus ou moins principaux.

Et quand les démons se libèrent de leur charnier, ils se chargent de posséder un peu tout le monde, de les rendre fou et bien entendu de tous les massacrer. En même temps, ils doivent avoir la haine rendu là.

Là on a déjà l'une des choses qui plaisent dans ce genre de film : le scénario n'a pas vraiment de sens. On ne tombe pas directement dans le nanar, loin de là, mais on sent tout de même une recherche d'originalité, à la croisée de différentes influences : un peu d’historique, du gore pur, de la possession, de l'horreur psychologique, de la folie, tout ça. Ce genre de scénario un peu kitch et hyper imaginatif est vraiment typique du cinéma d’horreur italien des années 80. L'époque, le public et les producteurs permettaient aux scénaristes d'écrire ce qu'ils voulaient du moment que les films soient parsemés de scènes gores et/ou (surtout "et") de paires de seins (le fameux "plan nichon" ou "plan cul", suivant la hauteur à laquelle la caméra était placée sur son trépied).

À cela, ajoutez des personnages cheesy, cela va donner ce charme que l'on recherche dans ce genre de film. Dans La Chiesa les personnages sont justement un peu pourris et les acteurs qui sont là pour les interpréter ne sont pas vraiment mieux.

Michele Soavi ne fait qu’effleurer la surface de ses personnages qui ne sont au final là que pour se faire défoncer devant la caméra. Ils ne sont que des pantins vides de toute âme n'existant que grâce aux clichés qu'ils représentent et traînent lourdement derrière eux tels des boulets de bagnard.

Au final, le personnage qui nous attendrit le plus est celui joué par Asia Argento qui a l’époque n’avait que 14 ans. Mais même cette gamine au final ne vaut pas grand chose dans le fond. Jérémie Marchetti m’a bien fait rire en la comparant à un mélange entre « Zazie dans le métro » et Sophie Marceau dans La Boom sur horreur.com.

Et non seulement le réalisateur nous propose des personnages qui ne sont que des coquilles vides, mais en plus, on ne s’attarde jamais sur eux. L’action les suit l’un après l’autre sans jamais prendre le temps de s’arrêter un instant pour s’attacher à eux, donnant l'impression que l'on ne fait que se promener distraitement au milieu d'une exposition de peintures.

Et c'est avec cette dernière analogie super cool (avouez) que je saute vers ce qui fait que ce film est bon. Car oui, il l'est.

Premièrement, la direction de la photographie est plutôt cool. On sent encore l'influence de Dario Argento qui devait probablement toujours regarder par dessus l'épaule de Soavi lorsque celui-ci s'entretenait avec Renato Tafuri, DoP sur La Chiesa.

On trouve des mouvements de caméra assez amples s’attardant avec fascination sur l’architecture du lieu, des angles très marqués (plongées et contre-plongées vertigineuses), les zooms hyper longs typiquement italiens et des plans subjectifs complètement fous. Ces outils visuels sont souvent là pour mettre en scène les passages les plus horrifiques du film et cela fonctionne à merveille.

C’est ce genre d’idées de mise en scène hyper imaginatives qui donnent au film cette atmosphère si particulière. Autre exemple macabre marquant : deux personnages - je ne vous dit pas lesquels pour ne pas trop spoiler - montent au clocher (ils cherchent à sortir de la Cathédrale et le clocher est très certainement l'endroit le plus approprié pour fuir une cathédrale, duh.). Quelques minutes plus tard alors l’horreur bat son plein en bas et que tout le monde devient fou, la caméra retourne voir où en sont ces deux personnages pour découvrir que l’un d’entre eux sonne les cloches à l’aide de la tête de l’autre. Malade.

Les fans de gore et de morts improbables seront donc définitivement satisfaits avec La chiesa car le film contient son lot de dingueries : marteau-piqueur, empalement spectaculaire, tripes... Il y a tout ce qu’il faut.

Mais ne croyez pas que le film n’a que du gore à offrir. De belles images horrifiques parcourent le film : à plusieurs reprises, des démons forniquent avec de plantureuses jeunes femmes, mais aussi un genre de crâne démoniaque géant composé de cadavres couverts de boue… Ces scènes rejoignent ce que j'ai déjà mentionné plus haut concernant la direction de la photographie. La luxure se mêle habilement au morbide, ce qui appuie encore une fois l'ambiance malsaine et tourmentée du film.

Enfin, ce qui fait jaillir ladite ambiance à la face du spectateur et lier entre eux tous les éléments que j'ai déjà listé, c’est clairement la musique du film. Bien que dans l’ensemble, tous les morceaux sont excellents, c’est l’interprétation de Floe de Philip Glass par Martin Goldray qui va vous décrocher la mâchoire. La puissance du morceau est telle que l’on ressent toute la folie démoniaque de l’action et surtout son aspect blasphématoire. On voit les monstres, la mort, mais aussi la cathédrale et ces chevaliers qui chevauchent leurs montures à toute allure dans les bois. C'est bête à dire, mais l'orgue rend l'utilisation de ce morceau à la fois si pertinente et sait prendre les thématiques du film à contre-pied. C’est un choix qui a été très judicieux de la part de Soavi et c’est certainement un de ces éléments qui font que le film a sa place dans la catégorie des films cultes.

Dans le fond je recommande ce film à quiconque a envie de se pencher sur une partie du cinéma italien qui n'est pas vraiment la plus connue ni la plus visible. Sans trop s’éloigner des grandes figures comme Argento, Bava et cie., c’est un film un peu atypique qui a sa propre personnalité à offrir au cinéphile.

8/10 : La chiesa a su me divertir et proposer de bons éléments à considérer. C’est un film que je recommanderait à n’importe quel fan de cinéma d’horreur !

* : a scénarisé entre autres le masterpiecieux Once Upon a Time in America de Sergio Leone, Phenomena, l gatto nero (segment de Two Evil Eyes), Trauma, La sindrome di Stendhal, et Non Ho Sonno de Dario Argento, ainsi que Démoni et Démoni 2 de Lamberto Bava.

** : pour la faire courte, Sacchetti a scénarisé tous les films d'horreur italiens cultes des années 70 et 80. On peut rapidement lister Il gatto a nove code de Dario Argento, Zombi 2, ...E tu vivrai nel terrore! L'aldilà, Quella villa accanto al cimitero, et Lo Squartatore di New York de Lucio Fulci. Et puis aussi Démoni de Lamberto Bava (décidément...)

*** : Oui oui, c'est le fils de Lamberto, lui-même fils de Mario Bava.

P.S. : La chiesa est le second sequel officiel de Démoni, bien qu'il n'ai aucun lien scénaristique direct avec ce dernier ; tandis que Demoni 3 et Demons III: The Ogre de Umberto Lenzi n'ont eux strictement rien à voir avec la saga Démoni.

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