ByFrédéric Chalté, writer at Creators.co
Etudiant en cinéma à l'UQAM
Frédéric Chalté

Titre original : The Craft

Titre français : Alliance dangereuse

Année : 1996

Réalisation : Andrew Fleming

Force est de constater que peu de chose reluisent lorsque l’on aborde le film pour la première fois. Premièrement, son affiche semble vendre une sorte de Charlie’s Angels bas de gamme pour pré-adolescents souffrant d’un sérieux cas de contrôle parental sur la connexion Internet familiale.

Et puis, même si son titre original est plutôt cool : The Craft, ce dernier fut tronçonné dans sa version française. Alliance dangereuse... Je m’excuse mais ça sonne comme la version super soldée de Cruel Intentions (Sexe Intentions), non ?

Ensuite, le réalisateur du film jouit du pire des noms possibles : Fleming ça sonne bien, frère, mais personne ne s’en rappellera tellement c’est commun. C’est peut-être pour ça qu’aucun des tes nombreux dix films n’ont jamais levé meilleure remarque que « Aaah… C’est pas le film où.. ? Ah non peut-être pas en fait… Si ? ». Tu sembles avoir réalisé un film que tout le monde a vu, mais dont personne ne se souvient. Pas facile de briller lorsque l’on doit constamment faire comprendre au monde que non, tu n’es pas Victor. Aucun lien, tu es fils unique.

Ne t’inquiète pas Fleming, je suis là pour toi frère. Aujourd’hui je vais dire au monde entier à quel point, malgré les apparences, ton film est cool. Je ne pourrais pas en dire autant du reste de ta filmographie car je ne l’ai (bien entendu) pas vu. Sorry.

The Craft, nous raconte donc l’histoire de Sarah Bailey (Robin Tunney), jeune adolescente ayant récemment déménagé à Los Angeles. Au lycée, sont mises à l’écart les trois marginales du bahut qui pratiquent la magie : Rochelle (Rachel True), Nancy (Fairuza Balk) et Bonnie (Neve Campbell). Voyant le potentiel de Sarah, elles l’invitent à rejoindre leur cercle de sorcières. Les quatre ensembles vont développer leurs pouvoirs et comme l’on peut s’y attendre, se brûler les doigts.

On est bien d’accord, ce scénario sent un peu le renfermé. Mais hey, je vous avais bien dit que ce serait léger comme film.

Dans le fond, c’est justement ce qui plait. Ce film est un concentré de tout ce que l’on a cherché à oublier de l’adolescence américaine des années 90 : les gens mâchaient des chewing-gums comme des bovins, les filles un peu j’en-ai-rien-à-foutre-de-la-société se perçaient leur nez de cochon pour y accrocher un anneau (et pour trop souvent ressembler à Bebop des Tortues Ninja), et je vais m’arrêter tout de suite car je vois bien que je commence déjà à digresser.

En bref, The Craft c’est le meilleur de la Trilogie du samedi de M6 étalé sur 1h40. D’ailleurs, c’est super jouissif d’entendre le morceau How Soon Is Now dans une des scènes du film. Mais si. Vous savez. Cliquez sur le lien, c’est cadeau.

Les quatre super copines gothiques vont donc user de leurs nouveaux pouvoirs de sorcière pour se venger de tous les crétins du lycée qui les maltraitent au quotidien. Je mâche mes mots en utilisant cette insulte car comme vous le savez : les enfants sont parfois cruels, mais les adolescents le sont tout le temps.

Classique me direz-vous. Mais honnêtement, le film ne s’arrête pas à ce simple cliché de populaires versus loosers/weirdos. À travers cette histoire de sorcellerie pubère, Fleming a su brasser toutes les thématiques de l’adolescence et de ses vicissitudes.

La plus évidente est bien entendu celle de l’expérimentation. Les quatre jeunes filles découvrent peu à peu leurs nouvelles capacités et se font un malin plaisir de les essayer. D’abord assez naïvement, elles se lanceront d’innocents défis : « I can do that », et simplement changer la couleur de leurs cheveux pour le fun.

Mais l’inconscience va rapidement dépasser l’expérimentation puisque plus le temps va passer, plus le besoin d’adrénaline se fera ressentir. Elles tenterons des choses de plus en plus dangereuses et ce, jusqu’à ce que la situation soit hors de contrôle.

Au delà, l’on retrouve les troubles identitaires inhérents au milieu de l’adolescence (que l’on peut bien évidement mettre en relation avec les troubles liés à l’apparence – facile mais ô combien pertinent). Alors que le coeur de Sarah oscille entre la flânerie amoureuse et les dangers de la sorcellerie, d’autres personnages font les frais de désordres plus évidents : moqueries racistes d’une camarade à leur égard, rejet et dégoût de son propre coeur, et enfin, le désir brûlant de changer sa vie, de famille (en l’occurence de white trash). Et malgré ces doutes, émerge une forme d’acceptation de soi dès lors que les quatre amies perfectionnent leur talent de sorcières :

Chauffeur de bus : Better watch out for these weirdos! (Faites attentions aux tordus !)

Les filles : Huh… We are the weirdos, mister. (C’est nous les tordues, monsieur.)

Le tout est immanquablement relié par de courts épisodes traitant des rapports de chacune des protagonistes à la sexualité. Et celle-ci est loin d’être vue sous son meilleur jour. Agression sexuelle, tentative de viol et hypersexualisation du corps féminin, tout y passe.

D’un point de vue strictement visuel, le film est dans l’ensemble plutôt correct. La réalisation est somme toute classique pour un film américain : des plans proprets alternant fixité et de légers travellings ou panoramiques. Rien de particulièrement audacieux.

Les effets spéciaux ont su me ravir. Fleming a fait le bon choix de garder ses SFX sobres mais efficaces. La séance de Light as a feather, stiff as a board (« Léger comme une plume, dure comme une planche » en français, sorte de jeu de pyjama party durant laquelle un participant se couche à terre, tandis que les autres le soulèvent en n’utilisant qu’un seul de leurs doigts – l’expérience se révèle proche de la lévitation) m’a particulièrement surpris tant sa mise en scène est finement contrôlée.

La séquence finale est elle aussi rondement menée. Sans rien dévoiler, je ne peux ici que la comparer à un très terrible bad trip de champignons hallucinogènes bien dégueulasse. Le réalisateur a eu la bonne idée de soigner les détails et de se montrer imaginatif à bien des égards et finalement, cette séquence peut se révéler terrifiante si tant est que l’on veuille bien se mettre à la place des protagonistes.

Pour conclure, The Craft est pour moi une ode à l’adolescence dans ses difficultés trop souvent sous-estimées par le monde adulte et la jeunesse elle-même. Je n’arrive pas à distinguer ce film du cinéma de Gregg Araki qui lui a bien sûr traiter les mêmes sujets de manière plus radicale et personnelle. Néanmoins, le film qui nous intéresse ici a le mérite de proposer des réflexions accessibles à tous, sans négliger le divertissement. Pas si mal que ça, Fleming !

7/10 : De très bonnes idées de mise en scène et un contenu pertinent qui traverse les époques emballé dans un scénario léger et tout juste divertissant.

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